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Lettre universelle à ma grand-mère

Mis à jour : janv 21

Mamy,


Aujourd’hui j’ai envie de t’écrire.


Tu fais partie de moi. Comme un roc dans mon enfance.


Je me rattache régulièrement à ces images de toi, entourée d'enfants, comme à un pilier dans un monde qui change.


Je me souviens que petite, tout était plus simple. Que les heures s'enchaînaient avec la routine de la liberté. Nous passions de l'heure de la cascade à l'heure du goûter. De l'heure du goûter à l'heure du jeu de boules avec les voisins du village. De l'heure du jeu de boules à l'heure du repas. De l'heure du repas à l'heure des infos. De l'heure des infos à l'heure du tarot. De l'heure du tarot à l'heure de la nuit noire. Nous savions que dans chacun de ces instants, nous disposions de la liberté d'inventer un nouveau jeu : pêcher des têtards, courir sur le chemin, sauter dans les flaques.


Je me souviens de nos yeux tout endormis quand nous venions nous blottir dans tes bras. Maintenant, je me rends compte qu'il était tôt. Très tôt. Et que tu devais prendre sur toi pour ne pas dormir. Peut-être que l'amour donne suffit à combler des heures de sommeil. Peut-être te rattrapais-tu lorsque nous étions partis.


Je me souviens de la lumière du matin qui éclairait les premières fleurs violettes des jardins en terrasses. Je me souviens du bruit du rideau en perles de la porte d’entrée. Je me souviens du chant du vent lorsque nous étions sur la balançoire, des lits à baldaquins, de l’écorce des sapins qui craquèlent, de l’horloge qui faisait résonner la maison, et des histoires que tu nous racontais.


Je me souviens des histoires que tu nous lisais, blottis dans un canapé qui n'avait pas de structure. Du frais des montagnes lorsque la nuit tombait. Je me souviens de tes remontrances envers ma mère, et de ma tétanie. Maintenant, je comprends. Qu'il est parfois difficile de se mettre d'accord sur l'éducation d'un enfant, que la fatigue peut prendre le dessus, que c'était sacrément dur de garder dix petits-enfants en même temps.


Mais tu avais l'air tellement forte. Ton bol de café noir à la main. Ton rire devant nos tricheries au tarot. Nos sourires complices face au brossage de dents qu'on oubliait une fois sur deux.


Autour de toi, et en toi, il y avait la liberté. Celle de pouvoir inventer, s'inventer, s'ennuyer, se chamailler, créer. Celle de pouvoir se lever le matin sans programme précis en tête autre que celui que nous nous fabriquerions.


Je voudrais te remercier pour ça, Mamie. Te remercier pour toutes ces histoires que tu nous as confiées, enrobées, inventées. Elles m'ont permis de comprendre que la vie ne se pense pas en noir et blanc, ni de façon linéaire. Elles m'ont permis de savoir qu'on pouvait s'aimer et se faire du mal, avoir mauvais caractère et être une source de vie, rire et bouder en même temps. Et que c'était ça la vie. Tâtonner, tenter, se tromper, se relever, s'engager, s'aimer.


Merci pour ta liberté. Merci pour les lettres que tu m'écrivais quand j'étais petite et que je relis avec la boule dans la gorge. Merci pour tes maladresses, merci pour tes engagements, merci pour tes émotions, merci pour cette fragile et tendre humanité.


Je suis fière d'avoir une grand-mère qui raconte, qui raconte, qui raconte.


Charlotte





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