Je viens du pays de mon enfance...

Mis à jour : août 25

"Quand on demandait à ma grand-mère d’où elle venait, elle répondait, après un infime temps d’hésitation : Je viens du pays de mon enfance."

Jacques Salomé


La semaine dernière, Caroline et moi sommes tombées sur cette phrase de Jacques Salomé. Cette phrase nous a longuement interrogée sur la notion d'appartenance et ce qui constitue une origine, notre origine. Sur ce qui restera, adulte, des souvenirs d'enfance.


Ou autrement dit, qu'est-ce qui fait que certains souvenirs restent et d'autres s'envolent ?


Il faut déjà savoir que nous vivons tous une amnésie infantile. Joanna Smith, psychologue et auteur de "A la rencontre de son bébé intérieur" (ed. Dunod) explique que "L'âge des premiers souvenirs est lié à la quantité de paroles que l'on adresse aux tout petits. Plus on parle aux tout-petits tôt et en quantité, plus il a tendance à avoir des souvenirs". C'est vers 3-4 ans que nos premiers souvenirs émergent alors. "Un certain nombre de fonctions cérébrales doivent être cablées, connectées entre elles pour former un souvenir, explique la psychologue. Pour pouvoir emmagasiner de la mémoire qui devient un souvenir au sens courant du terme, il faut être capable de réaliser une forme de récit intérieur, de comprendre qu'il y a un avant, un pendant et un après. C'est vers l'âge de 2 ans et demi, 3 ans que l'enfant commence à se penser dans le temps".




Se souvenir est à la base de ce que nous sommes, de ce qui constitue notre identité. Nous existons, par nos souvenirs heureux ou douloureux. Le souvenir, au-delà de notre humanité, est ce qui fait notre unicité. Deux enfants de la même famille n'auront pas les mêmes souvenirs de leur enfance : ils ne les auront pas vécu de la même façon. Ils n'ont en effet ni le même âge, ni la même sensibilité, ni la même histoire.



Par ailleurs, le souvenir, pour qu'il se façonne dans notre mémoire, sera associé à l'un de ces éléments : une expérience olfactive (l'odeur du thé avec la madeleine), une temporalité (chaque matin), une émotion (un câlin, une voix, une chanson).


Enfin, pour que le souvenir soit gardé en mémoire, il doit être encouragé par la répétition. Petit à petit, les images se superposeront et créeront une madeleine de Proust.


Alors vous l'aurez compris...puisque la vie est à la base du souvenir, on vous souhaite de nombreux goûters gorgés de soleil avec vos bouts d'chou, de nombreuses histoires racontées avec la voix qui tremble, de nombreux fous rires autour des bêtises que vous pourrez inventer ou de nombreux silences fragiles qui en diront long sur l'amour que vous portez aux vôtres.


Merci de faire partie de notre communauté, on en est chaque matin, honorés...


Charlotte





"Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience.

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."


Extrait de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust



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